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    Dou
    Invité

    Bonjour,

    Voici une petite partie de mon histoire. Si je la partage aujourd’hui, c’est pour celles et ceux qui vivent encore ce que j’ai vécu, et qui pensent peut-être qu’il n’y a pas d’issue.

    J’avais 15 ans quand j’ai rencontré mon premier amour. Trois mois après le début de notre relation, j’ai reçu ma première claque.

    À l’époque, je ne savais même pas que ce n’était pas normal. J’avais grandi en voyant des violences autour de moi : dans la famille, chez les voisins, dans mon entourage. Alors, dans ma tête, la violence faisait presque partie de la vie.

    Et puis, malgré tout, on s’aimait. Du moins, je le croyais. C’était le coup de foudre.

    Je me suis mariée religieusement avec lui à peine âgée de 19 ans.

    Entre-temps, les violences physiques et psychologiques étaient déjà bien installées : insultes, rabaissements, menaces, violences qui n’étaient pas toujours directement dirigées contre moi mais qui passaient par des coups dans les murs, la voiture, les objets. Il pouvait me tirer par les cheveux, m’étrangler.
    Mais je l’aimais.
    Huit années ont suivi, dans un véritable cercle infernal : séquestration, vol d’argent, humiliations, insultes, crachats au visage, coups, rapports sexuels sous pression…

    Je me suis construite en tant que femme dans un environnement destructeur.
    Mon corps, lui, parlait. Mes cheveux tombaient, j’avais des ulcères, j’étais épuisée. Mais entre les périodes de violence, il y avait ces moments où tout redevenait « parfait ». Ces quelques instants de douceur et d’amour me maintenaient accrochée à cette relation. C’était comme une lumière au milieu de l’enfer. Et c’est aussi ce qui rendait le cercle si difficile à briser.

    Puis un jour, en 2012, après une longue dispute dont je ne me souviens même plus de la raison, tout a basculé.
    Il m’empêchait de dormir. C’était devenu une habitude, presque une routine lors de certaines nuits : insultes, menaces, culpabilisation, coups.
    Il fermait les volets et, à chaque fois, je savais que la nuit allait mal finir.
    Je vivais avec cette sensation permanente de pouvoir mourir.
    Le lendemain matin, vers 10 heures, je suis allée dans la salle de bain et j’ai tenté de mettre fin à mes jours. J’ai été opérée.
    Psychologiquement, j’étais au plus mal.
    Et même aux urgences, avant de partir au bloc opératoire, il est venu mettre sa tête au-dessus de moi en continuant à m’insulter parce qu’il était en colère.

    Puis il m’a laissée seule.
    Et moi, je mentais à tout le monde.
    Je disais que tout allait bien. Que j’étais heureuse. Alors j’ai passé ce moment seule.
    Mais quelque chose venait de se briser en moi.
    À partir de là, j’ai commencé à me préparer psychologiquement à partir.
    Je l’ai analysé. Je le connaissais par cœur. J’ai compris comment il fonctionnait, ce qui déclenchait ses colères, ce qu’il attendait de moi.
    Alors je suis devenue la personne qu’il attendait que je sois.
    En apparence, je ne réagissais plus comme avant.
    Mais intérieurement, je préparais mon plan.
    J’ai commencé à parler, petit à petit. Pas à tout raconter, pas tout de suite. Mais j’ai commencé à dire que chez moi, tout n’était pas aussi beau que je le laissais croire.

    Une collègue, qui ne le connaissait absolument pas, avait compris que quelque chose n’allait pas. Elle me voyait parfois angoisser simplement en regardant mon téléphone. Je venais travailler en boitant. Certains jours, j’étais épuisée.
    Puis j’en ai parlé à ma sœur.
    Au total, il m’a fallu environ deux ans pour accepter pleinement la réalité et mettre des mots dessus.
    Parce que parler, c’était aussi commencer à réaliser la vie que je menais.

    C’était comme si je sortais de mon propre corps et que, pour la première fois, je regardais ma vie de l’extérieur.

    Il a fallu ensuite apprivoiser la peur.
    Quand je rentrais du travail, il m’arrivait de vomir dans un buisson près de chez moi tellement j’avais peur de rentrer.
    J’ai eu des pensées terribles. Je me suis parfois imaginée le tuer pendant qu’il dormait.
    Je me suis documentée, j’ai réfléchi, et je me suis raisonnée.
    Je ne voulais pas ruiner ma vie pour cet homme.
    Et surtout, j’avais peur qu’il s’en prenne à ma famille.
    Alors j’ai préparé ma sortie.

    Financièrement. Mentalement. Psychologiquement.

    Je savais que je devais accepter une chose : ma vie allait changer.

    Nous étions chez sa sœur pour dîner. J’ai renversé un verre d’eau à table.
    Il m’a insultée, m’a frappé la main et s’est mis en colère pour toute la soirée.
    Comme d’habitude.
    Nous sommes rentrés à pied. Vingt minutes qui m’ont semblé interminables. Pendant tout le trajet, la violence a continué.

    Mais cette fois, j’avais mon plan.
    Je suis partie.
    Je suis allée travailler et je ne suis jamais rentrée.
    Je n’avais pas de sac. Pas d’affaires. Rien.
    J’ai laissé derrière moi toute ma vie.

    Je suis partie avec mes vêtements du jour : un jean, des baskets, et c’est tout.
    J’avais accepté de tout abandonner pour pouvoir me sauver.
    J’ai dormi quelque temps chez des amis à gauche à droite. Sans domicile fixe, Et j’ai changé toutes mes habitudes.

    Les policiers étaient déjà venus de nombreuses fois au domicile, parfois en me trouvant dans des états qui auraient dû alerter n’importe qui.
    Mais ils me demandaient : « Est-ce qu’il vous a violentée ? »
    Devant lui.
    Comment pouvais-je répondre oui ?
    Je savais qu’il sortirait peut-être le lendemain et que c’est moi qui subirais les conséquences.
    Après mon départ, je suis allée à la police. Mais il n’y a pas eu de suite.
    J’avais pourtant le sentiment qu’il fallait presque être à l’agonie pour que quelqu’un considère enfin la situation comme suffisamment grave.

    Six mois plus tard, je suis retournée voir ma mère pour la première fois depuis mon départ.

    Il était en bas.
    Je l’ai vu.
    Et je n’ai pas vacillé.
    Je n’étais plus la victime qu’il connaissait, et je n’étais certainement pas devenue son bourreau.
    J’étais de marbre.
    Il a pleuré. Il a crié. Il a traversé toutes les phases.
    Mais je ne lui ai montré aucune émotion.
    Ni peur. Ni empathie. Ni espoir. Rien.
    Ma mère est arrivée.
    Il est parti.
    Je ne l’ai jamais revu.

    J’ai changé de ville 1 ans après.

    Aujourd’hui, dix ans ont passé.
    Il m’a fallu des années pour me reconstruire.
    J’ai énormément pleuré. J’ai dû nettoyer tout ce mal, cette graine qui avait germé dans ma tête et qui m’avait fait croire que je ne valais rien.
    J’ai fait une thérapie. De la sophrologie. Je me suis instruite sur le fonctionnement du cerveau, sur les mécanismes de l’emprise et du traumatisme. Des années de réflexions.
    J’ai aussi appris à guérir mon corps de toutes les blessures qu’il avait accumulées.
    Et surtout, j’ai appris à me pardonner.
    À comprendre que je n’étais pas ce qu’il disait de moi. Que je n’étais pas faible.
    Que je n’étais pas folle. Que je n’étais pas responsable de ses violences.

    Et j’ai fini par comprendre quelque chose d’essentiel : il était beaucoup plus petit que l’image immense que je m’étais construite de lui.

    Aujourd’hui, j’ai 38 ans.
    Et je suis en paix.
    La lumière s’est rallumée.
    Dieu merci.
    Je sais ce que signifie ne pas avoir de liberté. Et aujourd’hui, je sais aussi que la liberté n’a pas de prix.

    Si je raconte tout cela, ce n’est pas pour dire que partir est simple. Ça ne l’est pas.

    Ce n’est pas non plus pour dire qu’il existe une méthode unique pour s’en sortir. Chaque situation est différente, et chaque départ doit être pensé en fonction du danger et des circonstances.

    Mais je veux dire à celles et ceux qui subissent encore : une autre vie est possible.

    Quand on le peut et sans se mettre davantage en danger, préparer son départ peut être essentiel : préparer mentalement et financièrement sa sortie, identifier des personnes de confiance, chercher de l’aide, se renseigner, protéger ses proches et, surtout, ne pas rester seul(e) avec ce que l’on vit.

    Il faut parfois accepter que sa vie va changer.
    Il faut déconstruire l’image que l’on a de cette personne.
    Et comprendre que l’emprise se joue aussi dans la tête : elle peut être immense, mais elle peut être déconstruite.
    Je sais aujourd’hui que ce qui me semblait impossible à l’époque était finalement possible.

    Je me permets donc de partager ce témoignage pour toutes les femmes, tous les enfants qui subissent des violences.
    Vous n’êtes pas seuls.
    Vous avez le droit d’avoir peur.
    Vous avez le droit de ne pas savoir comment partir.
    Mais vous avez aussi le droit d’être libres.
    Vous avez le droit d’être heureux.
    Et surtout, vous avez le droit de vivre.

    Je vous envoie toute ma compassion, toute ma force et tout mon courage.
    Tout est possible. ❤️

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