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Sarah, le il y a 6 jours et 18 heures.
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Alice
ParticipantBonjour tous le monde.
A vrai dire je ne sais pas trop par quoi commencer. C’est compliqué de trouver les mots. A vrai dire, je ne me sens pas légitime d’écrire. Je souffre depuis 4 ans bientôt et je préfère ne rien dire, parce qu’en voyant tous les témoignages et documentaires, je me force à ne pas me plaindre. C’est vrai, je ne sais pas si ça vous le fait, mais j’ai l’impression que je n’ai pas le droit de me plaindre. Je DOIS aller bien parce que tellement de personnes ont souffert tellement plus que moi. Donc j’essaie de rigoler en faisant comme si rien ne me touchait, mais je vois bien qu’au fond je n’y arrive pas. Enfin, c’est super compliqué. Je ne sais pas si je suis clair, mais bon j’essaie de laisser parler mon coeur.
Il y a deux jours j’ai réussi à poster une vidéo de moi où je dénonce ce que mon ex m’a fait, et j’ai réalisé que ce que j’avais vécu ce n’était pas rien. Beaucoup m’ont conseillé de parler, parce que je n’étais sûrement pas la seule et parce que je ne devais pas rester seule avec tout ça.
J’étais en couple, il était un peu plus âgé que moi. J’avais 17 ans et lui 18 ou 19. J’avoue ne plus m’en souvenir. Dès le début je ne voulais pas le voir directement parce que j’étais jeune et consciente qu’à travers les réseaux on peut être n’importe qui, donc je me méfiais. Mais il est venu, il était devant chez moi donc je n’avais pas le choix. Mes parents sont assez stricts en plus, donc je leur ai menti, je leur ai dit qu’un ami qu’ils connaissaient m’attendait au parc. Je n’avais jamais menti à mes parents, mais j’ai recommencé plusieurs fois pour le voir. Ensuite, on a officialisé notre relation auprès de ma famille et sur les réseaux sociaux. À ce moment-là, ma famille s’en moquait tant que j’étais heureuse et puis il était toujours très poli, donc ils étaient heureux pour moi. Par contre, sur les réseaux, de nombreuses personnes m’ont dit de ne pas sortir avec lui, sans trop m’expliquer pourquoi. J’en ai parlé avec lui et à chaque fois il m’expliquait qu’il avait eu des embrouilles avec ces personnes donc je les crus, et j’ai arrêté de leur parler.
Ensuite, il s’entendait tellement bien avec ma famille qu’ils ont décidé de l’inviter en vacances en Espagne après deux semaines de relation, et c’est là que tout a commencé. En Espagne, on fait des siestes, donc comme à mon habitude je me suis endormie après avoir mangé. Je me souviens que j’ai commencé à m’endormir et je sais que fin c’est peut-être une erreur de ma part, mais j’adore dormir en cuillère, parce que je me sens en sécurité. Et j’ai senti ses mains me caresser tout le corps. Au début, c’était agréable, mais j’ai senti qu’ils se rapprochaient de mes parties, et là je ne savais plus quoi faire. Je n’ai pas bougé, j’ai fermé les yeux et j’ai attendu que ça passe. Il m’a demandé si je dormais, je n’ai pas répondu, il a marqué un temps de pause et a introduit ses doigts. Une fois le cauchemar fini, j’ai fait style que je me réveillais et je me suis enfermé dans la salle de bain un moment. En remontant, j’ai fait comme si de rien n’était et je crois que je n’aurais jamais dû faire ça. Ça a recommencé tous les jours, j’avais peur de m’endormir, plus les jours passaient, plus c’était pire. Ça finit par des rapports complets, je l’ai alors confronté, il m’a expliqué qu’il était désolé, il pleurait en sanglots, donc je l’ai réconforté, je m’en voulais tellement de m’énerver.
Puis ça a continué, pendant 1 an et demi, tous les jours, de pire en pire, vers la fin j’étais réveillé, je pleurais, il le voyait mais il continuait. Il me disait toujours que c’était de ma faute, apparemment quand je dors je bouge d’une certaine façon qui le rendait incontrôlable, ou alors c’était mon pyjama, en fait il y avait toujours une bonne raison, mais ce n’était jamais de sa faute.
Je lui disais que je ne voulais plus avoir de rapport avec lui au vu de ce qu’il me faisait quand je dormais, mais il arrivait à me faire tout oublier, donc on le faisait. Avec le recul je n’ai jamais eu envie de lui, au début de la relation oui évidemment mais à partir du moment où il a posé ses mains sur moi alors que je dormais et qu’il en prenait du plaisir, j’étais dégoûté de lui à ce niveau là. Mais pourtant on le faisait tous de même car ça lui faisait plaisir et lui faire plaisir, c’était tout ce que je voulais.
Je n’avais plus que lui, j’ai arrêté de parler à mes amies car ça l’énervait, puis à ma famille. Il leur manquait de respect à chaque fois que l’on les voyait, mes parents n’en pouvaient plus, ils ne lui disaient même plus bonjour. Et au lieu de se remettre en question, il m’expliquait que ma famille ne voulait pas mon bonheur. C’était la même chose avec sa famille, son père et son frère me mettaient beaucoup en garde, mais il m’avait expliqué que son père était jaloux qu’il ait une copine car il avait souffert du divorce avec sa mère et que son frère était juste jaloux.
Je faisait tous mon emploie du temps pour lui, je payais les courses, les restaurants..etc alors qu’il avait un travail et que j’étais toujours lycéennes mais mon argent de poches ne servait que à lui.
Il a commencé ensuite à me répondre avec une voix de plus en plus grave et plus forte, avec des mots violents, en tapant sur les murs, le lit ou bien les arbres. Ce qui m’avait le plus fait peur, c’est quand il m’a menacé de se suicider si je partais, parce que je lui avais expliqué que je n’en pouvais plus de subir tout ça, que je me sentais seul.
Il m’a ensuite emmené à Disney pour la Saint-Valentin, c’était magique. Mais ce voyage a marqué un tournant dans la relation, il était beaucoup plus contrôlant sur tout ce que je faisais, ma façon de m’habiller, à qui je parlais, ce que je disais. Le sexe, c’était quand il avait envie, on le faisait. Il y a avait une soirée avec ses amies, durant cette soirée il voulait que l’on couche ensemble, la soirée n’était pas finie, ses amies étaient toujours chez lui, je me sentais gêné. Il me tripotait devant ses amies, et je rigolais en lui disant d’arrêter pour essayer de rendre cette scène moins génante. Ensuite, il m’a emmené dans sa chambre, il voulait le faire, mais il voulait faire de la sodomie. J’avais toujours été clair là-dessus, je ne voulais pas. Mais il a quand même essayé, j’ai hurlé de douleur. Le Le lendemain, ses amies l’ont félicité, il s’était vanté de m’avoir « fait crier », personne ne savait ce jour-là que je ne prenais pas de plaisir.
Par la suite, les viols ont continué, mais je ne dormais plus, c’était de plus en plus violent, il se vantait auprès de ses amies que j’adorais quand c’était violent. A la fin, je me suis persuadé que j’adorais ça.
Après chaque agression, il m’achetait des choses, on allait manger quelque part, il me complimentait, il était adorable.
Puis un soir, comme à son habitude il a refait, et là j’étais comme déconnecté, il frappait autour de lui, il hurlait parce que je n’étais pas assez détendu. Je me suis levé, j’ai ouvert la porte, j’ai marché, il me suivait et j’ai marché jusqu’à la route. Il était tard, mais c’était le début de l’été. Je savais qu’il y aurait des voitures, mais j’espérais vraiment que tout ça se termine. Il a couru et m’a sorti de la route, il pleurait, il s’excusait et me suppliait de ne pas faire ça, qu’il était désolé qu’il recommencerait plus qu’il ne contrôlait pas.
Le lendemain, il recommença, j’ai alors appris à mettre mon cerveau sur OFF. Quand ces moments arrivaient, je le rallumer que lorsqu’il était de bonne humeur et gentil avec moi. Puis un jour je me suis renseigné, j’ai compris que ce n’était pas normal. J’ai commencé à reprendre contact avec certaines personnes, en expliquant ce que je subissais à travers une fausse amie que j’inventais pour pouvoir parler de mon histoire sans que personne sache réellement que c’était de moi que je parlais. On m’a dit que c’était pas normal que si c’était compliqué pour la personne de partir il fallait pas qu’elle se laisse faire…ect. J’ai donc voulus prendre les choses en main, j’ai haussé la voix, j’ai arrêter de le réconforter lorsqu’il s’excusait après m’avoir agresser.
Plusieurs semaines sont passées, les viols n’étaient plus tous les jours, on ne se voyait presque plus, il avait toujours une bonne raison. J’en ai énormément souffert, je m’en voulais, je savais que c’était parce que je ne lui donnais plus ce qu’il voulait. Donc je suis allé dormir chez lui, je lui ai dit que je voulais que l’on recommence tous, je me suis endormie dans ses bras, j’étais tellement bien, il m’avait dit qu’il avait compris pour de vrai donc j’ai baissé ma garde et je me suis endormie. Il ne s’est rien passé cette nuit-là, j’étais tellement ravi. Le matin, il avait tout préparé un joli petit déjeuner. J’étais ravie, il est parti à la douche, laissant son téléphone près du lit, il a reçu une notification et donc je lui ai demandé son code car c’était son père, il me l’a donné et lorsque j’ai déverrouillé son téléphone, il était sur sa galerie photos. La veille, il n’avait effectivement rien fait en termes de pénétration, mais il avait pris des photos de moi, en sous-vêtement, avec ses mains me tripotant. J’ai rien dit, j’ai préféré oublier et me concentrer sur le petit déjeuner qu’il venait de me faire, après tout ce n’était que des photos.
Il a ensuite recommencé, au bout de deux jours, tout était redevenu comme avant. On s’est déchirés, j’hurlais en lui disant que je le détestais de m’avoir fait tout ça, il hurlait à son tour, il a voulu lever la main sur moi, et il a réussi. J’ai été choqué, je ne savais plus quoi faire, je me suis recroquevillé et je ne bougeais plus. Par la suite, on s’est embrouillés de nouveau et cette fois-ci je ne me suis pas laissé faire. J’ai vu sa main se lever, je l’ai stoppée en lui tapant le bras, et il m’a ensuite dit une semaine après que lui et moi c’était fini. J’étais anéanti.
Avec le recul, je sais que c’est parce que je n’étais plus aussi docile qu’il est parti. Quelques semaines après, il est revenu me parler, il a tout avoué par message, il a tenté de dire que c’était dû à une maladie, que ce n’était pas de sa faute et puisqu’il a tout donné pour moi, qu’il a tout sacrifié pour moi. Qu’il m’a emmenée à Disney, que j’étais heureuse car il a plein de vidéos et photos de moi heureuse. Que je n’avais qu’à partir, et qu’il s’en voulait.
Je n’ai rien fait de ses messages parce que je n’ai pas la force de me battre.
Aujourd’hui, je ne me sens pas légitime d’être considéré comme victime de violences conjugales, car de nombreuses victimes ont vécu pire, et pourtant au fond de moi je le sais. Mais c’est si dur de l’admettre. Ma famille n’est pas au courant et j’en ai envie, j’ai envie que l’on soit là pour moi et que l’on reconnaisse que ce que j’ai vécu ce n’est pas rien, ma famille comprendrait tellement mieux pourquoi j’étais si perturbé à une période. Mais je ne peux pas leur infliger ça, je ne veux pas les faire souffrir, savoir que mes sœurs ou mon enfant auraient vécu ça, je pense que ça me ferait tellement de peine. Et je ne veux pas leur faire subir, alors pour les protégés je ne dirais rien.
Ma mère est la seule au courant. Je lui ai dit lors d’un rendez-vous avec ma psychologue, qu’elle avait déjà mal pris que je ne lui dise pas sans la psychologue, elle m’en voulait de ne pas réussir à lui dire quelque chose. Enfin bref, elle est arrivée, nous lui avons expliqué, parce que c’était à cette période compliqué pour moi de poser des mots. Et sa réponse a été “d’accord j’ai compris”. Puis on est sortis de la séance et elle m’a dit qu’elle devait juste passer à Netto avant de rentrer. Je ne lui en veux pas, je pense qu’elle ne savait pas comment réagir, mais on n’en a plus jamais reparlé. Ensuite, il y a peu je lui ai expliqué que je ne lui avais jamais dit, mais je fais des crises de tétanie à chaque rapport sexuel avec mon conjoint. Je lui ai expliqué que mon médecin pense que c’est en lien avec ce que j’ai subi, et ma mère a simplement répondu “je ne vois pas le lien, ni pourquoi ça arrive deux ans après mais bon”. Même mon copain était choqué, je n’ai pas trop su quoi lui répondre, donc j’ai changé de sujet et j’ai raccroché.
Maintenant je veux avancer, c’est vrai j’ai 22 ans et la vie devant moi, mais c’est compliqué, je suis mélangé entre haine et tristesse, de savoir qu’il vit normalement alors que moi, j’angoisse, je fais des crises de tétanie, j’ai peur.
Je ne sais pas tellement comment finir mon long texte, mais je sais que ça m’a fait du bien, je n’avais jamais autant détaillé ce qu’il m’est arrivé et je crois que j’ai fait un premier grand pas. Maintenant je ne sais pas quoi faire, ni où aller, mais je sais que je finirai par y arriver.
Je crois que par moment je n’ai pas été très clair, mais c’était très compliqué pour moi de poser tous ces mots.
Merci.Sarah
InvitéBonjour Alice,
Je suis une femme de 20 ans et j’ai lu toute ton histoire qui m’a particulièrement touchée. Franchement, tout ce que tu as vécu est horrible, et ne doit en aucun cas être minimisé. Je comprend le sentiment que tu peux ressentir, tu l’as dit toi même que tu as eu du mal à poser des mots sur ce qu’il s’est passé, et que parfois tu te sentais honteuse, mais franchement le seul responsable et le seul qui devrait se sentir honteux, c’est lui d’accord ? Il était plus âgé que toi, et au lieu de te protéger, il t’a fait du mal et ça, c’est impardonnable !
As-tu déjà essayer de porter plainte contre lui depuis le temps ? Après je te comprendrai si tu me dis que tu n’a jamais voulu essayer, car on sait comment se comporte la justice face aux viols/violences conjugales qui ne sont jamais vraiment pris au sérieux, mais bon je pense que ça ne te ferai pas de mal d’essayer, car il doit payé pour ce qu’il t’a fait, surtout que ce genre d’agressions provoquent des traumatismes irréversibles sur la victime..
En tout cas prend bien soin de toi avec ta nouvelle relation, n’hésite pas à en parler autour de toi si jamais (je ne l’espère pas) l’une de ces horreurs se reproduit de nouveau, et j’espère qu’avec le temps tu réussiras à laisser tout ça de côté et à te relever ! Tu es forte je crois en toi, gros bisous (;
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