Depuis quelques mois, les critiques à l’égard des plateformes de santé mentale se multiplient.
Certaines dénoncent l’ubérisation du soin, d’autres s’inquiètent de la déshumanisation de la relation thérapeutique ou de la transformation de la souffrance psychique en un marché… ces questions sont légitimes, mais peuvent conduire à une confusion. Doit-on vraiment considérer que le distanciel/ le numérique est un problème en soi ?
Pas pour nous.
Chez Psy’Script, nos psychologues interviennent auprès des femmes victimes de violences conjugales, entièrement à distance. C’est un choix mûrement réfléchi, qui bénéficie aux femmes que nous accompagnons.
Pourquoi avoir fait ce choix ?
Parce que lorsque l’on travaille sur les violences conjugales, la question n’est de savoir si le présentiel est préférable au distanciel. La question est de savoir : est-il possible à une femme d’accéder à une aide, quand tout dans sa situation lui rend cet accès difficile ?
Dans ces situations, l’obstacle principal c’est d’abord l’accès au soin.
Lorsqu’on imagine une consultation psychologique, on pense souvent à un cabinet, un rendez-vous, une heure dédiée. Mais les violences conjugales bouleversent cette représentation : certaines femmes ne peuvent pas se déplacer librement ; sont surveillées ; d’autres vivent dans des territoires où l’offre de soins spécialisés est inexistante ; ou composent avec des enfants, des contraintes matérielles ou une absence totale de temps personnel… certaines craignent simplement d’être vues en train de consulter.
Dans ces situations, le problème n’est pas de choisir entre un accompagnement en présentiel ou à distance. Le problème est que l’accompagnement n’existe parfois pas du tout ou pas de manière adaptée.
Nous avons donc choisi de construire un dispositif qui s’adapte aux contraintes des femmes, plutôt que d’attendre que les femmes s’adaptent aux contraintes des dispositifs existants.
S’adapter aux contraintes des femmes
Les violences conjugales ne produisent pas seulement de la peur, elles produisent souvent une perte du pouvoir d’agir. Au fil du temps, les choix se réduisent, les espaces de liberté se rétrécissent, la confiance en son propre jugement s’effrite.
Dans ce contexte, la possibilité de choisir où l’on parle, quand l’on parle, ou même sous quelle forme l’on s’exprime peut avoir une véritable importance.
Parce que, certaines femmes préfèrent commencer par écrire, d’autres ont besoin de couper leur caméra, d’autres encore profitent d’une pause au travail, d’un trajet en voiture ou d’un moment où elles se retrouvent seules pour échanger avec leur psychologue.
Ce ne sont pas des détails techniques, ce sont parfois les seules conditions qui rendent possible la relation thérapeutique.
Une autre spécificité des violences conjugales est leur caractère imprévisible. Elles n’attendent pas la veille d’un rendez-vous chez un.e professionnel.le pour se manifester. Crise, menace, prise de conscience ou décision importante… tant d’événements erratiques, qui s’inscrivent dans la vie quotidienne des femmes.
Et, le travail psychique se construit souvent au fil de ces événements du quotidien.
C’est pourquoi nous avons choisi un accompagnement qui ne repose pas uniquement sur des consultations ponctuelles, mais aussi sur une possibilité d’échanges écrits quotidiens entre la patiente et sa psychologue.
Pour éviter qu’une femme ne se retrouve seule face à une situation qui la dépasse.
Ce qui ubérise le soin, ce n’est pas la technologie ou la distance
Réduire le débat à une opposition entre présentiel et distanciel nous semble insuffisant.
Ce qui interroge dans certains modèles de plateforme de santé mentale, ce n’est pas la technologie ou le distanciel, ce sont les logiques qui les accompagnent. La pression à la rentabilité, la standardisation des pratiques, la dégradation des conditions d’exercice des professionnel·les., la recherche de volume au détriment de la qualité de l’accompagnement.
Chez Psy’Script, nous sommes une association à but non lucratif. Notre objectif n’est pas de vendre davantage de consultations, notre objectif est de rendre un accompagnement spécialisé accessible à des femmes qui, sans cela, n’y auraient pas accès.
Toutes nos psychologues qui accompagnent les femmes, sont diplômées en psychologie. Elles disposent d’une formation universitaire reconnue et sont spécialisées dans l’accompagnement des violences faites aux femmes.
Ce choix ne répond pas à une logique de prestige, il répond à une exigence de qualité et de sécurité.
Nous savons aussi qu’un accompagnement de qualité ne repose pas uniquement sur les compétences individuelles d’une psychologue. Les situations de violences conjugales sont souvent complexes, elles mobilisent des enjeux psychologiques, sociaux, juridiques, médicaux et parfois des questions de sécurité immédiate.
Aucune professionnelle ne devrait avoir à porter seule ce type de situation.
C’est pourquoi nous avons construit un cadre de travail qui permet à nos psychologues d’être accompagnées elles aussi. Elles bénéficient d’espaces de supervision et de réflexion clinique autour de leurs accompagnements.
Lorsque des situations urgentes ou particulièrement complexes émergent, notre équipe est présente pour réfléchir avec elles, mobiliser les ressources adaptées et solliciter les partenaires compétent.es lorsque cela est nécessaire. Nous assurons le lien avec les structures qui orientent les femmes vers notre dispositif et avec les partenaires présent.es sur leur territoire.
Cette articulation est essentielle.
Parce que l’accompagnement d’une femme victime de violences conjugales ne devrait jamais reposer sur une seule personne. Lorsqu’une psychologue, une association locale, des travailleur·euses sociaux·ales, des professionnel·les de santé et d’autres acteur.rices peuvent travailler ensemble, chacun.e apporte une partie de la réponse.
Cette coopération permet des accompagnements plus cohérents, plus réactifs et plus sécurisants.
Elle protège également les professionnel·les de l’isolement face à des situations lourdes et parfois éprouvantes.
Chez Psy’Script, nous ne cherchons pas simplement à mettre une femme en relation avec une psychologue. Nous cherchons à construire autour d’elles les conditions qui permettent à cette relation d’aide d’être réellement soutenante, pour la femme accompagnée comme pour la professionnelle qui l’accompagne.
La réponse de Psy’Script
Nous n’avons pas choisi le distanciel parce qu’il coûte moins cher. Nous l’avons choisi parce que certaines femmes ne pourraient pas être accompagnées autrement.
Nous ne pensons pas que le distanciel remplace toutes les formes de soin. Nous pensons qu’il constitue, dans certaines situations, une réponse pertinente à des obstacles bien réels.
Pour nous, la question n’est pas de savoir si le soin à distance est une bonne ou une mauvaise idée, mais c’est plutôt de savoir si les dispositifs que nous construisons permettent réellement aux personnes concernées d’accéder à l’aide dont elles ont besoin.